Scroll down for the English version.
Le gouvernement israélien a annoncé avant-hier que Günter Grass (prix Nobel 1999) était interdit de séjour dans le pays. La raison : un poème dénonçant la puissance nucléaire israélienne comme une menace pour la paix, publié par l’écrivain dans plusieurs journaux simultanément, dont la Süddeutsche Zeitung pour le texte original en allemand. On trouvera dans la presse française et internationale le poème lui-même, et de nombreux commentaires sur la polémique suscitée. Deux réflexions d'ordre littéraire :
1. Le texte de Grass, manifestement rédigé à la va-vite, est de la mauvaise poésie. Le poème est entièrement "traduisible" au sens que Coleridge donnait au mot, c'est-à-dire que tout ce qui y est dit pourrait être dit en prose avec autant d’efficacité. C’est dommage, car la poésie peut apporter une réelle plus-value cognitive à la prose non littéraire, mais il faut pour cela que les images, les rythmes, les sons, fassent sens par eux-mêmes et en rapport aux idées du poème. Sur ce point, je recommande la lecture (au moins l’introduction) de Understanding Poetry de Brooks et Warren (1938, à ma connaissance non traduit en français, ce qui est stupéfiant).
2. La poésie contemporaine (dont je ne suis pas spécialiste) ne s’intéresse peut-être pas assez aux grandes questions sociales, politiques, pourquoi pas écologiques, de notre époque. Certes, on ne peut pas réécrire Les Châtiments tous les dix ans, mais il me semble qu’une longue tradition de poésie engagée s’est tarie, du moins en Europe et en Occident, ces trente dernières années, et que cela coïncide avec une indéniable marginalisation de la production poétique. Je ne vois pourtant aucune raison qui pourrait empêcher une poésie engagée de haute teneur esthétique de renaître, qui contribuerait peut-être à refaire de la politique un enjeu passionnant (qui suscite de réelles passions), et de la poésie un art qui compte.
Plus que jamais, évidemment, vos commentaires sur le fond comme sur la forme sont les bienvenus…
*
Israel has declared Günter Grass persona non grata following the publication of a poem in which the 1999 Nobel Prize winner said that the country’s nuclear capacity was a threat to world peace. The poem and numerous subsequent comments can be read in the international press. The row can be seen as another opportunity to explore the relationships between literature and politics.
Let’s be honest–Grass’s poem is bad poetry. It is, to use Coleridge’s concept, perfectly translatable in prose ‘without injury to the meaning,’ which only proves it is not poetry. It is a shame, as ‘poetry gives us knowledge’ (Brooks and Warren, Understanding Poetry) when the sounds, the rhymes, the images and the statements of a poem combine to carry meaning through form.
It also seems to me that contemporary poetry (at least in Europe over the past 30 years) has somewhat turned its back on a long tradition of political and social commitment. As a result, for the common reader poetry is now an elitist art form. There is no reason why it could not be popular again–in the best sense of the term–and possibly revive people’s interest in politics at the same time. If other (and better) poets follow suit, then maybe Günter Grass’s poem will serve that purpose.
Comments on form and meaning are obviously welcome!





