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Tuesday, 10 April 2012

Israel, Günter Grass

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Le gouvernement israélien a annoncé avant-hier que Günter Grass (prix Nobel 1999) était interdit de séjour dans le pays. La raison : un poème dénonçant la puissance nucléaire israélienne comme une menace pour la paix, publié par l’écrivain dans plusieurs journaux simultanément, dont la Süddeutsche Zeitung pour le texte original en allemand. On trouvera dans la presse française et internationale le poème lui-même, et de nombreux commentaires sur la polémique suscitée. Deux réflexions d'ordre littéraire :
1. Le texte de Grass, manifestement rédigé à la va-vite, est de la mauvaise poésie. Le poème est entièrement "traduisible" au sens que Coleridge donnait au mot, c'est-à-dire que tout ce qui y est dit pourrait être dit en prose avec autant d’efficacité. C’est dommage, car la poésie peut apporter une réelle plus-value cognitive à la prose non littéraire, mais il faut pour cela que les images, les rythmes, les sons, fassent sens par eux-mêmes et en rapport aux idées du poème. Sur ce point, je recommande la lecture (au moins l’introduction) de Understanding Poetry de Brooks et Warren (1938, à ma connaissance non traduit en français, ce qui est stupéfiant).
2. La poésie contemporaine (dont je ne suis pas spécialiste) ne s’intéresse peut-être pas assez aux grandes questions sociales, politiques, pourquoi pas écologiques, de notre époque. Certes, on ne peut pas réécrire Les Châtiments tous les dix ans, mais il me semble qu’une longue tradition de poésie engagée s’est tarie, du moins en Europe et en Occident, ces trente dernières années, et que cela coïncide avec une indéniable marginalisation de la production poétique. Je ne vois pourtant aucune raison qui pourrait empêcher une poésie engagée de haute teneur esthétique de renaître, qui contribuerait peut-être à refaire de la politique un enjeu passionnant (qui suscite de réelles passions), et de la poésie un art qui compte.
Plus que jamais, évidemment, vos commentaires sur le fond comme sur la forme sont les bienvenus…
*
Israel has declared Günter Grass persona non grata following the publication of a poem in which the 1999 Nobel Prize winner said that the country’s nuclear capacity was a threat to world peace. The poem and numerous subsequent comments can be read in the international press. The row can be seen as another opportunity to explore the relationships between literature and politics.
Let’s be honest–Grass’s poem is bad poetry. It is, to use Coleridge’s concept, perfectly translatable in prose ‘without injury to the meaning,’ which only proves it is not poetry. It is a shame, as ‘poetry gives us knowledge’ (Brooks and Warren, Understanding Poetry) when the sounds, the rhymes, the images and the statements of a poem combine to carry meaning through form.
It also seems to me that contemporary poetry (at least in Europe over the past 30 years) has somewhat turned its back on a long tradition of political and social commitment. As a result, for the common reader poetry is now an elitist art form. There is no reason why it could not be popular again–in the best sense of the term–and possibly revive people’s interest in politics at the same time. If other (and better) poets follow suit, then maybe Günter Grass’s poem will serve that purpose.
Comments on form and meaning are obviously welcome!

5 comments:

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  3. Pour répondre à ton deuxième point, qui montre que tu ne lis pas assez de poésie contemporaine (désolée), ou surtout pas assez de poésie contemporaine américaine, je répondrai:

    1) Je pense qu'il faut lire la poésie qui s’intéresse absolument aux grandes questions sociales, politiques et écologiques de, par exemple, Matthew Cooperman (voir STILL), Ronaldo V Wilson (voir "Poems of the Black Object"), Claudia Rankine (voir "Don't Let Me Be Lonley"), Alice Notley (voir "Disobedience" et "Reason and Other Women"), Marilyn Hacker (voir tous ses oeuvres), Craig Santos Perez (voir [Saina]), Myung Mi Kim (voir "Under Flag" ou "Commons"), Jena Osman (voir "The Network")...

    En plus, depuis 9/11 il y a aux USA un grand nombre d'écrivains qui se pose la question que tu pose ici. Et il y a énormément de réponses. Juliana Spahr est un poète qui écrit des livres qui répondent à ces questions mais elle a également travaillé comme rédactrice d'une revue qui posait la question de s'il était (et comment c’était) possible de faire une poésie contemporaine intéressante (au niveau de forme) et politiquement engagée. Voir le livre “This Connection of Everyone with Lungs” (Berkeley: U. of California, 2005) de Juliana SPAHR. De son œuvre, le poète Anne Waldman écrit, "By listing, by naming, the atrocities—the harrowing stats, the scary particulars—in our world-at-endless-war, we might at least exert control over our sanity and extend our mind and compassion to others. It is a connected universe as Spahr so forcefully reminds us."

    Il faut aussi lire le livre THE ACTIVIST de Renee Gladman. Il est éxceptionel ! David Harris commence son compte rendu de ce livre de cette façon: "In an era of extreme paranoia, everything is about perceptions, not evidence, so everything can be spun to suit a cause. Not even a journalist can be relied upon to see clearly. These are the lessons of Renee Gladman's powerful prose poem The Activist. The narrator of this book is a journalist drawn into a pressure-cooker tale of politicians versus activists. But she discovers following the activists is a dangerous business because objectivity is difficult to cling to in the presence of a swelling sense of righteousness and deepening commitment." (http://www.bookslut.com/poetry/2003_11_000948.php)

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  4. Pour terminer:
    En autre, il y a un VAST mouvement occidental de poésie, de prose et de théorie liée au mouvement d'éco criticisme. Ces écrivains sont bien évidemment TRES concernés par des questions écologiques. Voir par exemple des anthologies « ECOPOETICS »: Poetry, essays, fiction, translation, interviews. A (more or less) annual journal dedicated to exploring creative-critical edges between making (with an emphasis on writing) and ecology (the theory and praxis of deliberate earthlings)" Voir http://ecopoetics.wordpress.com/ pour une liste de leurs éditions. Parmi les éco poètes contemporains il y a un poète australien qui t’intéressera, Stuart Cooke.

    En fait, je pourrais faire une liste ENORME d'autres écrivains qui me semblent très engagés dans le questionnement et le traitement des sujets fondamentaux de nos jours. Mais cela ne veut pas dire que les grandes maisons d'éditions les publient. Pourquoi? Je ne sais pas--Peut-être qu'ils sont perçus comme "radicaux" et "dangereux", ou simplement trop difficiles à lire. On vit dans un monde qui s'intéresse aux choses superficielles (on vit dans un monde où il devient difficile de retrouver des informations politiques, où on est inondé des images et des informations sur les stars, les people, le cinéma, etc.) MAIS les textes poétiques très engagés s'écrivent toujours. Les écrivains s’intéressent à la politique et aux questions sociales et écologiques de nos jours. Il faut juste commencer à chercher ces textes...et ensuite on découvre que la liste n’en finit pas. Ici, je n'ai même pas commencé à énumérer des œuvres françaises qui s'intéressent aussi aux "grandes questions" de notre époque.

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  5. To add to the above (and in my native tongue):

    2) Of course, one might also question what poetry focused on current social and political issues really IS. As in, where do we place/how do we contextualize in such a debate/dialogue author VANESSA PLACE's works on rape? Or works that relook at the way women or certain minorities have been erased from History--and then are re-placed in that history emerge by being written of again through such poetic works as those written by SUSAN HOWE and others.

    Lastly: The works on WAR or where the issues of America's invasion of Iraq are treated in poetry have literally exploded in number in the states, as have works trying to take to task the banks as part of the Occupy movement (yep, there are many "Occupy" anthologies of art, poetry, including writing of all levels).

    But there are also a TON of authors writing in, on and about the "Arab Spring"--one who I think has done some beautiful writing is Hyam Yared. I hope that this work by a Lebanese poet--written in French and which she has read publicly--will soon appear in print in French and in translation into English.

    Poets are engaged. And some GOOD poets, really GREAT ones in fact, are writing about the issues of today.

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