Follow by Email / Recevez les mises à jour par email

Monday, 6 August 2012

London 2012 (2/4): George Orwell


Version française plus bas.

The Olympic Games are often praised for the values they are said to develop. Those, in the philosophy of Pierre de Coubertin, are respect, excellence and friendship. In 1945 though, George Orwell, our second author in this series, published an article called ‘The Sporting Spirit’ in which he debunked the myth that Olympism brings people together. Here is an excerpt showing why according to the author of 1984 the Games are ‘absurd contests’ and even ‘orgies of hatred.’

‘I am always amazed when I hear people saying that sport creates goodwill between the nations, and that if only the common peoples of the world could meet one another at football or cricket, they would have no inclination to meet on the battlefield. Even if one didn't know from concrete examples (the 1936 Olympic Games, for instance) that international sporting contests lead to orgies of hatred, one could deduce it from general principles.
Nearly all the sports practised nowadays are competitive. You play to win, and the game has little meaning unless you do your utmost to win. On the village green, where you pick up sides and no feeling of local patriotism is involved, it is possible to play simply for the fun and exercise: but as soon as the question of prestige arises, as soon as you feel that you and some larger unit will be disgraced if you lose, the most savage combative instincts are aroused. Anyone who has played even in a school football match knows this. At the international level sport is frankly mimic warfare. But the significant thing is not the behaviour of the players but the attitude of the spectators: and, behind the spectators, of the nations who work themselves into furies over these absurd contests, and seriously believe—at any rate for short periods—that running, jumping and kicking a ball are tests of national virtue…
Instead of blah-blahing about the clean, healthy rivalry of the football field and the great part played by the Olympic Games in bringing the nations together, it is more useful to inquire how and why this modern cult of sport arose. Most of the games we now play are of ancient origin, but sport does not seem to have been taken very seriously between Roman times and the nineteenth century. Even in the English public schools the games cult did not start till the later part of the last century. Dr Arnold, generally regarded as the founder of the modern public school, looked on games as simply a waste of time. Then, chiefly in England and the United States, games were built up into a heavily-financed activity, capable of attracting vast crowds and rousing savage passions, and the infection spread from country to country. It is the most violently combative sports, football and boxing, that have spread the widest. There cannot be much doubt that the whole thing is bound up with the rise of nationalism—that is, with the lunatic modern habit of identifying oneself with large power units and seeing everything in terms of competitive prestige. Also, organised games are more likely to flourish in urban communities where the average human being lives a sedentary or at least a confined life, and does not get much opportunity for creative labour. In a rustic community a boy or young man works off a good deal of his surplus energy by walking, swimming, snowballing, climbing trees, riding horses, and by various sports involving cruelty to animals, such as fishing, cock-fighting and ferreting for rats. In a big town one must indulge in group activities if one wants an outlet for one's physical strength or for one's sadistic impulses. Games are taken seriously in London and New York, and they were taken seriously in Rome and Byzantium: in the Middle Ages they were played, and probably played with much physical brutality, but they were not mixed up with politics nor a cause of group hatreds.’

*

Excellence, respect, amitié : la quinzaine olympique serait une grande fête mondiale contribuant à rapprocher les peuples par-delà les clivages économiques et politiques. Telle était du moins l’ambition de Pierre de Coubertin. Pourtant, dans un article de 1945 traduit en français sous le titre « L’esprit sportif », George Orwell, le célèbre auteur de 1984, démonte le mythe d’un olympisme porteur de hautes valeurs morales. Le réquisitoire est cinglant. A chacun de juger. Extraits…

« Je suis toujours stupéfait d’entendre des gens déclarer que le sport favorise l’amitié entre les peuples, et que si seulement les gens ordinaires du monde entier pouvaient se rencontrer sur les terrains de football ou du cricket, ils perdraient toute envie de s’affronter sur les champs de bataille. Même si plusieurs exemples concrets (tels que les Jeux Olympiques de 1936) ne démontraient pas que les rencontres sportives internationales sont l’occasion d’orgies de haine, cette conclusion pourrait être aisément déduite de quelques principes généraux.
Presque tous les sports pratiqués à notre époque sont des sports de compétition. On joue pour gagner, et le jeu n’a guère de sens si l’on ne fait pas tout son possible pour l’emporter. Sur la pelouse du village, où l’on forme les équipes et où aucun sentiment de patriotisme local n’entre en jeu, il est possible de jouer simplement pour s’amuser et prendre de l’exercice : mais dès que le prestige est en jeu, dès qu’on commence à craindre de se couvrir de honte soi-même, son équipe, et tout ce qu’elle représente si l’on est perdant, l’agressivité la plus primitive prend le dessus. Quiconque a participé ne serait-ce qu’à un match de football à l’école le sait bien. Au niveau international le sport est ouvertement un simulacre de guerre. Cependant ce qui est très révélateur, ce n’est pas tant le comportement des joueurs que celui des spectateurs ; et, derrière ceux-ci, des peuples qui se mettent en furie à l’occasion de ces absurdes affrontements et croient sérieusement – du moins l’espace d’un moment – que courir, sauter et taper dans un ballon sont des activités où s’illustrent les vertus nationales…
Au lieu de disserter sur la rivalité saine et loyale des terrains de football et sur la contribution remarquable des Jeux Olympiques à l’amitié entre les peuples, il faudrait plutôt se demander comment et pourquoi ce culte moderne du sport est apparu. La plupart des sports que nous pratiquons aujourd’hui sont d’origine ancienne, mais il ne semble pas que le sport ait été pris très au sérieux entre l’époque romaine et le XIXe siècle. Même dans les public schools britanniques, le culte du sport ne s’est implanté qu’à la fin siècle dernier. Le Dr Arnold, généralement considéré comme le fondateur de la public school moderne, tenait le sport pour une perte de temps pure et simple. Par la suite, le sport est devenu, notamment en Angleterre et aux États-Unis, une activité drainant d’importants capitaux, pouvant attirer des foules immenses et éveiller des passions brutales, et le virus s’est propagé d’un pays à l’autre. Ce sont les sports les plus violemment combatifs, le football et la boxe, qui se sont le plus largement répandus. Il ne fait aucun doute que ce phénomène est lié à la montée du nationalisme – c’est-à-dire à cette folie moderne qui consiste à s’identifier à de vastes entités de pouvoir et à considérer toutes choses en termes de prestige compétitif. En outre, le sport organisé a plus de chances de prospérer dans les communautés urbaines où l’individu moyen mène une existence sédentaire, ou du moins confinée, et a peu d’occasions de s’accomplir dans son activité. Dans une communauté rurale, un garçon ou un jeune homme dépense son surplus d’énergie en marchant, en nageant, en lançant des boules de neige, en grimpant aux arbres, en montant à cheval et en pratiquant des sports où c’est envers les animaux qu’on se montre cruel, tels que la pêche, les combats de coqs et la chasse des rats au furet. Dans une grande ville, il faut participer à des activités de groupe si l’on recherche un exutoire à sa force physique ou à ses instincts sadiques. L’importance qu’on attache au sport à Londres et à New York évoque celle qu’on lui accordait à Rome et à Byzance ; au Moyen Age en revanche, sa pratique, qui s’accompagnait sans doute d’une grande brutalité physique, n’avait rien à voir avec la politique et ne déclenchait pas de haines collectives. »



No comments:

Post a Comment