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Wednesday, 17 October 2012

Edward Hopper / Denis Diderot

Edward Hopper, Summer in the city, 1949.

Depuis que l’exposition Edward Hopper a ouvert ses portes au Grand Palais au début du mois, Hopper est partout dans les médias : il a fait la une de Libération, du Monde, de Télérama et de divers magazines d’art, et l’on ne compte plus les suppléments qui lui sont consacrés. Il s’est même invité dans les journaux télévisés de TFI et de M6, et dans plusieurs documentaires sortis pour l’occasion, comme dimanche dernier sur Arte. Bien sûr, il y a une part de publicité : quelques attachés de presse ou « responsables médias » du Grand Palais ou de la Réunion des Musées Nationaux font très bien leur travail. Mais il y a là autre chose, dont nous avons tout lieu de nous réjouir, car le fait qu’un événement culturel se hisse au premier rang de l’information dans les médias généralistes est à la fois surprenant et réjouissant. C'est peut-être ce que l'on appelle l'exception culturelle française.
Lorsque que vous verrez l’exposition, n’oubliez pas d’écouter les commentaires des autres visiteurs devant chaque tableau. C’est Diderot qui recommande cet exercice fort réjouissant. Voici un passage du Salon de 1763 :
Je ne regarde pas toujours, j’écoute quelquefois. J’entendis un spectateur d’un de ces tableaux qui disait à son voisin : « Le Claude Lorrain me semble encore plus piquant ! » et celui-ci qui lui répondait : « D’accord, mais il est moins vrai. » Cette réponse ne me parut pas juste. Les deux artistes comparés sont également vrais ; mais le Lorrain a choisi des moments plus rares et des phénomènes plus extraordinaires. (…)
C’est lorsque [les visiteurs] se rencontrent au sortir de là qu’ils sont plaisants à entendre. L’un dit : « Avez-vous vu le Mariage de la Vierge ? C’est un beau morceau !
– Non. Mais vous, que dites-vous du Portrait de la comtesse ? C’est cela qui est délicieux.
– Moi ! Je ne sais seulement pas si votre comtesse s’est fait peindre. Je m’amuserais autour d’un portrait, tandis que je n’ai ni trop d’yeux ni trop de temps pour le Joseph de Deshays ou le Paralytique de Greuze !
– Ah ! oui ; c’est cet homme qui est à côté de l’escalier et à qui l’on va donner l’extrême-onction ?
Cela promet de savoureuses tirades au Grand Palais, car s'il est un peintre qui fait parler, c'est bien Hopper, dont les tableaux nous forcent à imaginer tant d’histoires…

1 comment:

  1. Hélas, je n'ai rien pu capter des impressions de mes contemporains devant Hopper. Fort peu bavards, hormis un jeune couple, dont j'eusse aimé saisir le point de vue animé mais trop discret et donc inaudible !
    Par ailleurs, la pratique de l'audioguide rend l'utilisateur cousin du zombie : il va sans broncher d'un air hébété là où la voix lui dit d'aller quitte à vous piétiner et entendre la bonne parole lui coupe tout bonnement le sifflet.
    Solitude, silence et mélancolie : Hopper still alive !

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